Le libéralisme économique dans sa version la plus aboutie postule que la mise en concurrence de tous les agents économiques (et donc de tous les citoyens) a pour résultat la meilleure affectation possible des ressources, l’apparition d’un marché efficient et surtout la plus haute égalité possible (celle qui octroie à chacun ce qu’il mérite). Nombreux sont ceux, et j’en fais partie, qui ne croient pas aux vertus d’un libéralisme économique non maîtrisé et non règlementé qui fait mine d’ignorer l’inégalité à la naissance qui règne entre tous les citoyens.
Pourtant, il faut bien avouer que ce système qui présente de larges faiblesses empiriques lorsqu’il n’est pas secondé par une action régulatrice et réparatrice de l’Etat semble séduisant sur le plan théorique : A chacun son dû selon son mérite. Rien de bien choquant en France au pays de l’ENA, de polytechnique et d’HEC et de leur cortège de concours qui se veulent un gage d’égalité dans ce qui n’est en réalité qu’une grande hypocrisie.
Or, plusieurs évènements récents indiquent que ce libéralisme est battu en brèche par ceux-là même qui se disent libéraux. Donnant naissance à un système qui ajoute le cynisme à l’iniquité.
Cynisme évident lorsque Nicolas Sarkozy se déclare candidat du « travailler plus pour gagner plus » qui n’est qu’une forme de libéralisme, pour s’empresser une fois élu de supprimer l’impôt sur les successions des familles les plus aisées. Ainsi faut-il rappeler que l’impôt sur les successions est l’impôt le plus libéral qui soit puisqu’il permet d’ôter cette source indue de revenus pour les héritiers (ils ne la méritent en rien) pour l’allouer à la création des conditions d’une plus grande égalité entre les citoyens (par le financement du système scolaire ou du système de santé).
Cynisme plus odieux encore lorsque les financiers imprudents appellent l’Etat à la rescousse à l’heure de la crise financière. Car il s’agit bien pour ces financiers qui ont profité de la dérèglementation pour s’enrichir de manière éhontée de faire supporter aujourd’hui le coût de leurs imprudences aux contribuables. Certes, selon l’adage selon lequel certaines banques sont « trop importantes pour couler », il faut certes agir de manière pragmatique et ne pas faire la politique du pire sous prétexte de punir les imprudents (la Grande-Bretagne a ainsi nationalisé la Northern Rock tandis que la FED garantissait le rachat de la Bear Sterns par JP Morgan). Pourtant l’abandon de ces banques à leur sort ne serait qu’une juste punition pour avoir pris des risques inconsidérés qui, s’ils étaient juteux dans le passé, n’en ont pas moins fini par s’avérer purement spéculatifs .Le libéralisme économique théorise le fait qu’il faille récompenser la prise de risque mais il ajoute à cela l’impératif de sanctionner ceux qui prennent des risques non contrôlés. Il s’agirait ainsi de ne pas socialiser les pertes à l’heure des vaches maigres après avoir privatisé les profits à l’heure des bénéfices. Or, cela ne fait que commencer et rien ne dit que les banques centrales ne seront pas amenées à garantir ou à racheter ces fameux titres douteux dont les banques ne savent que faire et qui entraînent défiance des agents économiques et raréfaction des liquidités. Le coût de cette crise pour les contribuables sera de toute manière important.
Passons maintenant aux solutions possibles à ces deux dérives d’un libéralisme trahi par ses tenants même. Il faut d’abord réaliser un effort de pédagogie pour expliquer la valeur symbolique de l’impôt sur les successions et informer les français du fait que les réels bénéficiaires des réformes de Nicolas Sarkozy sont à chercher parmi les plus aisés et non au sein des familles qui constituent légitimement un petit pécule à léguer à leurs enfants.
Pour ce qui est de la crise financière, il faudra, une fois les risques de crise systémique éloignés, règlementer les activités bancaires pour éviter le renouvellement de ce type de mésaventures. Cela devra se faire sans avoir peur d’aller contre l’avis des financiers qui crient au loup à chaque tentative de régulation pour mieux crier à l’aide à chaque crise financière qu’ils sont incapables de traiter par eux-mêmes.
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